À propos

« La déroute de la plus ancienne nation militaire de l’Europe, ça ne peut pas se cacher aux voisins, comme le péché d’une jolie fille » déclarait Georges Bernanos à propos de la foudroyante campagne de Mai-Juin 1940, qui allait, en six semaines, faire connaître à la France l’une de ses plus grandes humiliations historiques. A l’inverse de la débâcle de 1870-71, dont l’affront ne fut lavé qu’avec la victoire de 1918, ce ne fût pas la maigre contribution à la victoire finale de 1945 qui permit d’exorciser le profond traumatisme de 1940, aujourd’hui encore ressenti comme une véritable crise d’identité nationale.

Si cette débâcle a fait l’objet de maintes analyses et d’une abondante production littéraire et historiographique en France comme dans le monde, il n’en demeure pas moins qu’elle reste, dans la mémoire populaire, auréolée d’une « légende noire » gorgée de clichés et de lieux communs. Ce ne sont ni les travaux des historiens, ni l’enseignement scolaire ou la parole publique qui peuvent venir contrebalancer les idées reçues lorsque l’on évoque Mai-Juin 1940. Difficile en effet d’oublier la célèbre formule de Louis-Ferdinand Céline « neufs mois de belote, six semaines de courses à pied » (1941) et les stéréotypes véhiculés par les films comme le populaire Mais où est donc passé la 7e Compagnie ? (1973) ou le récent La Folle Histoire de Max et Léon (2016). C’est donc toujours l’image d’un pays décadent, d’une armée de soldats lâches et conduits par des chefs et des politiques stupides qui circule dans les mémoires française ou étrangère.

Aussi, qu’il parait loin le temps où René Rémond affirmait que « la blessure de 1940 est enfin cicatrisée… le souvenir de nos revers s’éloigne et on est en droit de penser que leurs effets psychologiques se sont estompés ». La mémoire de Mai-Juin 1940 reste un traumatisme profond pour les Français, étant sans cesse renvoyés aux souvenirs mêlés de honte et de mépris, exerçant sur l’image du pays une redoutable pression et favorisant l’actuel esprit décliniste au sein de la conscience nationale. Ce phénomène, ce fameux « syndrome de 1940 » mis en exergue lors d’un colloque en 2015, confisque en quelque sorte la mémoire de Mai-Juin 1940. C’est tout l’objet de ce blog que d’essayer, d’une certaine manière, de tordre le cou à un certain nombre d’idées reçues quant à ces « soixante jours qui ébranlèrent l’Occident« .

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