Recueil de citations, 1939-1940.

Lénine aurait déclaré que « la citatiomanie est notre plus grande ennemie. » Même si cette phrase semble être plus vraisemblablement une citation apocryphe, il n’empêche que ce cher camarade Vladimir , s’il a effectivement tenu un tel propos, devrait se retourner dans sa tombe à la suite de cet article !

En effet, je vous propose ici de replonger dans le contexte de la « drôle de guerre » et des événements de Mai-Juin 1940 uniquement à travers un recueil de citations d’hommes de l’époque. Les citations présentées permettront je l’espère aux lecteurs de mieux comprendre les enjeux et les sentiments des différents acteurs de cette période, en plus d’orienter leur réflexion vers une nouvelle approche des événements de 1939-1940. Il s’agit d’un condensé de deux articles précédemment publiés et qui essayent d’être, à la demande de certains lecteurs, « revus et augmentés » et également mieux contextualisés.

Ce recueil insiste en premier lieu sur la vision et l’état d’esprit général qu’avaient Français et Allemands au moment de la déclaration de guerre, puis sur la croyance initiale en la victoire de la France et de ses alliés face à l’Allemagne. Il se prolonge ensuite en abordant la « drôle de guerre » et enfin les tragiques événements de Mai-Juin 1940. Il permettra peut-être au lecteur d’aller à contre-courant du flot d’idées reçues, rabâchant que la débâcle était évidemment écrite et même inscrite dans l’âme de la société française bien avant la déclaration de guerre.

Août-Novembre 1939 : La déclaration de guerre et la foi en la victoire

Lorsque la France déclare la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939, c’est anxieuse mais lucide qu’elle admet ne pouvoir stopper les coups de force répétés de Hitler qu’en ayant recours à la guerre. Malgré un pacifisme encore prégnant et l’angoisse d’une nouvelle hécatombe, l’opinion publique française se rallie massivement à Daladier après la trahison stalinienne et l’agression de la Pologne. Du côté allemand, la déclaration de guerre ne suscite, à la grande colère des dirigeants nazis, aucun emballement patriotique. Tandis que les Français sont prêts à faire la guerre et montent au front, les Allemands fondent sur la malheureuse Pologne qui s’écroule en moins d’un mois de guerre. Au mois d’octobre 1939, les armées allemandes – revenues de Pologne et qui se sont massées sur la frontière occidentale – et les armées françaises se font face sans que rien ne se passe. C’est le début de la « drôle de guerre ».

« Merci mon dieu pour l’armée française. » Winston Churchill, mars 1933.

« L’armée française a une valeur plus grande qu’à aucun moment de son Histoire; elle possède un matériel de première qualité, des fortifications de premier ordre, un moral excellent et un haut commandement remarquable. Personne chez nous ne désire la guerre, mais si l’on nous oblige à gagner une nouvelle victoire, nous la gagnerons. » Maxime Weygand, 2 juillet 1939.

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Exceptionnelle démonstration de force lors du défilé militaire du 14 juillet 1939, où se veut consacré « la solidarité de l’Empire et de la fraternité franco-britannique. »

« On devrait partir du fait indiscutable que la guerre avec l’Allemagne a déjà commencé en fait et est en tout cas inévitable. » Georges Mandel, 2 août 1939.

« Si le malheur des malheurs, si la guerre éclate, la France et l’Angleterre me semblent en meilleure posture morale et matérielle que jamais. Les trois quarts du monde sont contre Hitler. » Romain Rolland, 31 août 1939.

« Les Allemands […] venaient de commettre une bêtise suicidaire. La Grande-Bretagne disposait de la flotte la plus puissante du monde et la France de la meilleure armée du monde […]. Cela se terminerait très vite, sans doute d’ici Noël, et sans poser trop de problèmes. » Patrick Turnbull, 1er septembre 1939.

« Je n’ai pas pu articuler même quelques mots. La droite hurlait des injures. La gauche m’invitait amicalement au silence. […] Il ne me restait qu’à regagner ma place et à voter contre les crédits (militaires, n.d.a). » Gaston Bergery, député pacifiste, à l’Assemblée nationale le 2 septembre 1939.

« Ils parlaient de la guerre comme d’une tâche à accomplir, une corvée dont ils s’acquittaient sans discussion parce qu’ils étaient citoyens français. » Henry Miller, début septembre 1939.

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Les Français prennent connaissance de l’ordre de mobilisation générale, septembre 1939.

« Quand j’eus terminé, régna un profond silence […]. Hitler restait assis, comme pétrifié, le regard perdu au loin. » Paul Schmidt, rapportant la déclaration de guerre britannique à Adolf Hitler, 3 septembre 1939.

« Durant ce voyage, je n’ai rien pu constater de ce que j’avais vu en 1914 […] : pas d’enthousiasme, pas de joie, nulle part des cris d’allégresse. Partout, où qu’on aille, régnait un calme oppressant, pour ne pas dire un profond découragement. Tout le peuple allemand semblait être enfermé dans un effroi qui le paralysait. » Karl Wahl, début septembre 1939.

« Si nous perdons la guerre, que le ciel nous accorde sa miséricorde ! » Hermann Göring, 3 septembre 1939.

« Voilà, nous avons la Seconde Guerre mondiale ! C’est le résultat du jeu irresponsable de ces dernières années. Cette fois, le joueur a mal misé ! » Carl-Heinrich von Stülpnagel, 3 septembre 1939.

« Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts. » Paul Reynaud, 10 septembre 1939.

« La coopération de la puissance aérienne allemande dans les batailles terrestres s’avère être une difficulté considérable pour les Polonais. » Services de renseignements français, 11 septembre 1939.

« J’ai le grand espoir que la guerre sera courte et que l’Allemagne sera étranglée sans trop de casse. » Robert Brasillach, 7 octobre 1939.

« 7 octobre. Ennui. Lassitude. Fatigue… Ah ! Vivement quelque chose, une avalanche, un raz-de-marée, la guerre enfin ! » Jean Malaquais, 7 octobre 1939.

« La surprise n’est pas possible. Nous allons avoir un nombre infini de victimes sans pouvoir venir à bout des Français. » Wilhelm von Leeb, après la campagne de Pologne.

« Les Polonais, Dieu sait si on les avait prévenus ! […] mais ce sont des enfants dans leurs actes nationaux.» Maurice Gamelin, 11 octobre 1939.

« Mais c’est le vieux plan Schlieffen, avec l’aile droite forte marchant sur la côte Atlantique ! On ne recommence pas ce genre d’opérations deux fois de suite impunément. » Adolf Hitler, 19 octobre 1939, lorsqu’on lui présente le premier projet d’attaque à l’Ouest.

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Durant toute la Sitzkrieg, les Allemands vont sans cesse peaufiner et améliorer leur plan d’attaque, qui débouchera sur le plan audacieux d’Erich von Manstein (à gauche, les deux mains sur la table, 1942).

« De tous les généraux auxquels j’ai parlé du nouveau plan d’attaque à l’Ouest, Manstein a été le seul qui m’ait compris. » Adolf Hitler, octobre 1939.

« C’est une drôle de guerre. » Raymond Dorgelès, octobre 1939, s’étonnant dans un reportage de la tournure passive de la guerre.

« Nous sommes tous décidés à en finir avec les Fritz qui prendront quelque chose quand ils attaqueront ici, car il y a une artillerie formidable, du 75 au 420. » Correspondance d’un soldat surveillée par le contrôle postal de Lyon, novembre 1939.

« Ma décision est irrévocable. J’attaquerai la France et l’Angleterre au moment le plus favorable et le plus tôt possible. Violer la neutralité de la Belgique et la Hollande est sans importance. Personne ne se posera de question si nous sommes vainqueurs. » Adolf Hitler, 23 novembre 1939.

Hiver 1940 : la grande dépression et les choix décisifs du Haut-commandement allemand

Alors que de nombreux témoignages et que des rapports d’état-major soulignaient le bon moral de l’armée française au moment de la déclaration de la guerre, affirmant que les Français acceptaient la guerre sans enthousiasme mais avec confiance et bonne volonté, le son de cloche est bien différent après la venue de la « drôle de guerre ». Au retour des permissions de décembre et de janvier, les soldats français retournent affronter l’hiver glacial dans leurs cantonnements rudimentaires et se retrouvent confrontés à un sentiment de lassitude et de dépression. Il faudra attendre la campagne de Norvège d’avril 1940 puis le déclenchement de l’offensive allemande en mai 1940  pour retrouver un bon moral au sein de l’armée française.

C’est également durant l’hiver 1940 que Français et Allemands peaufinent leurs plans, Maurice Gamelin choisissant de s’aventurer toujours plus loin dans les plaines belges tandis que les Allemands, devinant les intentions des Alliés, bouleversent leurs plans initiaux et choisissent de jouer gros en planifiant une attaque audacieuse mais risquée à travers les Ardennes.

« Rien à signaler. » Compte-rendu d’activité militaire, 21 janvier 1940.

« J’ai essayé […] de jauger l’état de l’armée française et sa valeur combattante. Je dois dire que je n’ai rien vu qui n’allait pas. » William Edmund Ironside, janvier 1940.

« Moral déplorable. S’il fallait passer quatre ou cinq hivers, j’aimerais autant être mort.» Lettre d’un soldat du 606 pionniers, fin janvier 1940.

« Rien de nouveau ici. Je m’y ennuie mortellement. On ne fait absolument rien d’autre que d’attendre… Attendre quoi ? Oh ! on commence à en avoir sérieusement assez de cette vie d’imbéciles. Oh ! vite que ça finisse.» Lettre d’un soldat du 65e R.I, 20 février 1940.

« Impression de doute sur la raison d’être de la guerre que certains leur ont représentée comme voulue par les Anglais et pour laquelle la France serait seule à fournir le matériel humain. » Rapport du colonel Couturier du 65e R.I, fin février 1940.

« Si les Allemands me faisaient vraiment le plaisir d’attaquer, je leur offrirai un milliard de francs. » Maurice Gamelin, février 1940.

« C’est le type même de l’aventure ! Si l’ennemi masque la Belgique, il peut manœuvrer ailleurs ! Donc ne pas engager nos disponibilités dans cette affaire ! Écarter le rêve ! » Alphonse Georges, à propos de la manœuvre Dyle-Bréda et de l’envoi de la 7ème Armée en Hollande, mars 1940.

« Vous allez passer avec le flanc de la percée à 15 kilomètres de la ligne Maginot en essayant de vous cacher et vous espérez que les Français regarderont sans rien faire ! » Fedor von Bock, à propos du plan de Manstein, printemps 1940.

« Même si l’opération n’avait que 10 pour cent de chances de réussir, j’y tiens. Car elle seule conduira à l’anéantissement de l’adversaire. » Franz Halder, à propos du plan de Manstein, printemps 1940.

« La Meuse, ça ne m’intéresse pas. » Maurice Gamelin à André Corap, mars 1940.

« J’estime qu’il n’y a aucune mesure urgente à prendre pour le renforcement du secteur de Sedan. » Charles Huntziger, 8 avril 1940.

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Le plan Dyle-Bréda (en bleu) et le plan Jaune (en rouge). Comme les Alliés le découvriront tristement, le plan Dyle-Bréda offre aux Allemands les meilleures conditions possible pour parvenir à leur manœuvre d’enveloppement.

« L’armée allemande attaquera entre le 8 et le 10 mai sur l’ensemble du front, y compris la ligne Maginot. Effort principal : Sedan. » Rapport de renseignement de l’attaché militaire français à Berne, 1er mai 1940.

« Je ne crois pas que les Allemands aient jamais l’idée d’attaquer dans la région de Sedan. » Charles Huntziger, 7 mai 1940.

« Pour quoi faire ? Ce n’est pas encore demain qu’ils auront à se battre ! L’Allemagne est en train de se désagréger. » Un membre de l’état-major de Louis Colson, lorsqu’on lui suggère de rappeler d’urgence tous les permissionnaires, 9 mai 1940.

« Le Führer et Commandant suprême a décidé : Jour A : 10.5. Heure X : 5h45. Nom de code : Dantzig. » Ordre de l’Oberkommando der Wehrmacht, 9 mai 1940.

10-20 Mai 1940 : les dés sont jetés, stupeur et accablement dans les rangs français

Le déclenchement de l’offensive allemande le 10 mai 1940 marque la fin de la « drôle de guerre » et le début de l’épreuve de vérité pour les Français. Confiant en la victoire même s’il redoute des jours difficiles et de rudes sacrifices, le peuple de France s’apprête à vivre, sans l’imaginer possible, le début d’un véritable calvaire, mettant à bas toutes les croyances et convictions qui avaient forgé l’âme de la nation française. Alors que les armées Alliées s’enfoncent en Belgique, l’effort principal des Allemands porte sur les Ardennes. Le 13 mai 1940, ils débouchent sur Sedan et traversent la Meuse, puis foncent en direction de la Manche, s’infiltrant dans le dispositif défensif français et gênant sa logistique et ses communications. Le 20 mai, les Allemands arrivent à Abbeville et achèvent ainsi leur manœuvre d’encerclement. Il ne leur reste plus qu’à nettoyer la poche au nord (21 mai-4 juin 1940) puis à capturer Paris et le reste de la France (4 juin-22 juin 1940).

Effondrement mental des élites françaises, choc de la percée de Sedan, étiolement de la certitude en la victoire en quelques jours, incapacité du haut commandement français à réagir face à l’initiative allemande, sursaut français de juin 1940, délitement de l’alliance franco-britannique devant les événements, hésitations dans la conduite des opérations chez des Allemands pourtant triomphants, projection dans l’après-guerre, autant de sujets auxquels j’espère apporter, par le biais de quelques citations, un éclaircissement pour le lecteur.

« Objectif : la Manche ! » Heinz Guderian, 10 mai 1940.

«  – Alors mon général, c’est la manœuvre à la Dyle ?
– Puisque les Belges nous appellent, voyez-vous que nous puissions faire autre chose ?
– Évidemment non. » Alphonse Georges, téléphonant à Maurice Gamelin le matin du 10 mai 1940.

« L’armée française quitte sa position à la frontière pour aller en occuper une autre en territoire belge. L’opération n’est tentée que parce que le commandement espère avoir le temps de l’exécuter sans être gravement inquiété par l’ennemi. » Maurice-Henri Gauché, 10 mai 1940.

« Si cela s’avère nécessaire, je vous demanderai de ne pas dormir durant au moins trois nuits. » Heinz Guderian aux soldats de la 1ère Panzerdivision, 10 mai 1940.

« Je suis inquiet. Nous allons voir à présent ce que vaut Gamelin. » Paul Reynaud, 10 mai 1940.

« Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. » Adolf Hitler, 10 mai 1940.

« Nous avons franchi la frontière un peu après Onnaing. Au premier village, une foule immense de Belges nous attendait. Des centaines de poitrines criaient « Vive la France » et on nous jetait des fleurs, des bonbons, des cigarettes. […] Je n’étais pas le dernier à être fier d’être le Soldat français, celui qui rouspète toujours mais qui est invincible. » Louis Crozet, sous-officier de la 2e D.L.M. qui pénètre en Belgique le 10 mai 1940.

« Lorsque vint la nouvelle que, sur toute l’étendue du front, l’ennemi se portait en avant, j’en eusse pleuré de joie : ils étaient tombés dans le piège ! » Adolf Hitler, 10 mai 1940.

« L’attaque que nous avons prévue depuis octobre dernier s’est déclenchée ce matin. L’Allemagne engage contre nous une lutte à mort. Les mots d’ordre sont pour la France et tous ses alliés : courage, énergie, confiance. Comme l’a dit, il y a 24 ans, le Maréchal Pétain : Nous les aurons. » Maurice Gamelin, 10 mai 1940.

« Si vous aviez vu comme moi, ce matin, le large sourire du général Gamelin quand il m’apprit la direction de l’attaque ennemie, vous n’auriez aucune inquiétude. Les Allemands lui donnent l’occasion qu’il attendait. » Pierre Jacomet, 10 mai 1940.

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Le fer de lance de l’armée française pénètre en Hollande, Belgique et Luxembourg le 10 mai 1940, pensant que les Allemands réitèrent l’attaque de 1914 à travers les plaines belges. L’effort principal de l’armée allemande se situe en fait plus au sud, entre Dinant et Sedan.

« Si le chiffre de nos pertes s’élève journellement au chiffre de pertes du 10 [mai] ou à un chiffre voisin, notre aviation de chasse sera entièrement détruite dans 15 jours. » Joseph Vuillemin, 11 mai 1940.

« Je pense que Georges et Gamelin doivent être enchantés. Les Allemands font exactement ce qu’ils attendaient et espéraient. » Edward Spears, 12 mai 1940.

« Je n’ai pas vu d’avions dans le ciel : le ciel était vide d’avions. » Edouard Daladier, venu en Belgique le 12 mai 1940 et s’étonnant de l’absence d’avions allemands dans le ciel belge.

« Le Nord-Est, c’est votre affaire ! » Maurice Gamelin à Alphonse Georges, 12 mai 1940.

« Effort très sérieux de l’ennemi en direction de la Meuse. » Rapport de renseignement de l’armée de l’air, 12 mai 1940.

« Maintenant, vous voilà tranquilles pour plusieurs jours ! » Un officier d’état-major de la 55e division d’infanterie, après la destruction des ponts de la Meuse, 12 mai 1940.

« Dès les premiers jours de septembre, nous avons annoncé que la guerre […] serait courte. Nous voici à la Pentecôte, c’est-à-dire au neuvième mois et demi de la guerre et il semble bien que nous touchions à la fin. L’Allemagne, qui se croyait déjà maîtresse du monde, va faire le plongeon, au milieu d’un soupir de soulagement. La leçon à tirer d’une mésaventure, qui aurait pu devenir une aventure à la fois stupide et redoutable, c’est qu’en toute occurrence, et surtout quand on est vainqueur, il ne faut jamais désarmer. La débâcle allemande [est] à mon avis certaine. » Léon Daudet, 13 mai 1940.

« Inquiet, je garde les yeux fixés sur le ciel, d’un bleu éclatant ; quelle cible constitue la division en ce moment ! » Un officier allemand de la 1ère Panzerdivision, s’inquiétant d’une possible attaque aérienne française lors de l’embouteillage monstre dans les Ardennes le 13 mai 1940.

« Il n’est toujours pas possible de déterminer où se situe le point fort de l’ennemi. » Rapport de situation du Grand Quartier Général, 13 mai 1940.

« Engagez la quasi-totalité des formations de combats aériens. » Ewald von Kleist, concernant l’attaque sur Sedan, 13 mai 1940.

« Pendant trois longues heures, le ciel appartient aux Allemands. Les escadres succèdent aux escadres. L’air est tenu en permanence par 50 à 70 appareils qui virevoltent, tournent en rond, puis, un à un, piquent à mort vers le sol… Fracas de bombe de tous calibres qui labourent les positions de résistance…, sifflements de l’avion qui pique… ces hululements s’amplifient avec la vitesse de la descente, deux, trois ou quatre fuseaux d’acier qui se détachent simultanément des avions et, après quelques secondes d’angoisse mortelle, l’éclatement presque coup sur coup des bombes meurtrières. Et cela pendant trois heures. » Chef de bataillon Le Poullin, 55e division d’infanterie, 13 mai 1940.

« Le fracas des explosions maintenant domine tout. Plus une autre sensation n’existe. Bruit hallucinant de la torpille dont le sifflement grossit, s’approche, se prolonge. On se sent personnellement visé ; on attend, les muscles raidis. L’éclatement est une délivrance. Mais un autre, deux autres, dix autres… Les sifflements s’entrecroisent en un lacis sans déchirure ; les explosions se fondent en un bruit de tonnerre continu. Lorsque son intensité diminue un instant, on entend les respirations haletantes. Nous sommes là, immobiles, silencieux, le dos courbé, tassés sur nous-mêmes, la bouche ouverte pour ne pas avoir le tympan crevé. L’abri oscille. […] Les bombes sont de tous les calibres. Les petites sont lâchées par paquet. Les grosses ne sifflent pas. En tombant, elles imitent à s’y méprendre le grondement d’un train qui approche. […] Les stukas se joignent aux bombardiers lourds. Le bruit de sirène de l’avion qui pique vrille l’oreille et met les nerfs à nu. Il vous prend l’envie de hurler. » Lieutenant Michard, 55e division d’infanterie, 13 mai 1940.

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Les bombardiers en piqué Junkers Ju 87 Stuka ont un effet démoralisateur très important sur les soldats français. Leurs sirènes hurlantes, les fameuses « trompettes de Jéricho », tétanisent et clouent au sol l’infanterie et l’artillerie, désorganisant tout le système défensif français. (https://www.youtube.com/watch?v=LCB8ZVxKqyI)

« Envoyez la chasse, nom de Dieu ! Qu’est-ce que fout la chasse ? » Appel téléphonique atteignant le P.C de la 55e division d’infanterie, 13 mai 1940.

« C’est l’horreur […] Au-dessus de l’autre rive, s’élève un mur de soufre, jaunâtre ; il ne cesse de grandir. Sous la formidable pression de l’air, les vitres vibrent, éclatent […] Le sol tremble ; des maisons vacillent. A quoi cela doit-il ressembler, là-bas, chez les Français ? » Témoignage d’un fantassin allemand à Sedan, 13 mai 1940.

« J’ai vu des hommes fuir comme des fous à travers la campagne, jetant armes et bagages. Lorsque parfois on parvenait à ressaisir ces pauvres gens, le moindre bruit d’avion les replongeait dans le même état voisin de la folie. » Note d’un colonel de la 55e division d’infanterie, 13 mai 1940.

« Soudain, vers 18h, un flot de fuyards affolés, artilleurs et fantassins, en voiture, à pied, beaucoup sans armes, mais traînant des valises, déferle sur la route de Bulson : « Les chars sont à Bulson ! », crient-ils. Certains, comme des fous, tirent des coups de fusil. […] On se retrouve en présence d’un phénomène d’hallucination collective. […] Fait plus grave, à tous les échelons, les chefs prétendent avoir reçu des ordres de repli, mais sont dans l’impossibilité de les montrer ou simplement de préciser l’autorité de qui ils émanent. » Edmond Ruby, 13 mai 1940.

« Il s’est produit un pépin assez sérieux à Sedan. » Alphonse Georges, 13 mai 1940.

« Il y a quelques mois, j’ai dit que les Alliés avaient laissé échapper la victoire. Aujourd’hui, je dis qu’ils ont perdu la guerre. Nous n’avons plus de temps à perdre. Avant la fin du mois, j’entrerai dans l’arène. » Benito Mussolini, 13 mai 1940.

« Sur la Meuse, petites têtes de ponts réalisées sur la rive ouest. […] Vers Sedan, l’ennemi continue un effort violent, ayant réussi à occuper une poche avec de l’infanterie et des chars. » Compte-rendu d’état-major du 14 mai 1940.

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Les Allemands parviennent à établir très rapidement des ponts flottants sur la Meuse, permettant ainsi aux forces blindées de traverser le fleuve et d’exploiter la percée.

« La victoire ou la défaite passent par ces ponts. » Gaston Billotte, 14 mai 1940.

« Sans arrêt, avec un cran remarquable, les Potez et les Morane viennent attaquer leur objectif ; ils volent à basse altitude avec une grande audace. Car il faut du cran et de l’audace pour plonger si près de cet enfer que déclenchent nos canons antiaériens. Mais les Français savent aussi bien que nous ce que cela signifie, de détruire ce pont. Ils n’y parviennent pas. » Johann von Kielmansegg, 14 mai 1940.

« Ce n’est qu’un intermède localisé. » Maurice Gamelin, à propos de la percée de Sedan, 14 mai 1940.

« C’est un miracle, un véritable miracle ! » Adolf Hitler, apprenant la percée de Sedan, 14 mai 1940.

« Le Français a vraiment l’air d’avoir été abandonné de tous les bons esprits, sinon il aurait pu et dû empêcher cela. » Fedor Von Bock, apprenant la percée de Sedan, 14 mai 1940.

« L’atmosphère est celle d’une famille où l’on veille un mort. Georges se lève vivement et vient au-devant de Doumenc. Il est terriblement pâle : « Notre front est enfoncé à Sedan  ! Il y a eu des défaillances… » Il tombe dans un fauteuil et un sanglot l’étouffe. » André Beaufre, 14 mai 1940.

« Il semble évident qu’à moins d’un miracle comme celui de la Marne, l’armée française sera totalement écrasée. […] Les Britanniques commencent à se méfier des Français et ne jettent pas toutes leurs ressources dans la bataille. » William Bullit, 14 mai 1940.

« Non ! Ce que vous dites n’est pas possible ! Vous vous trompez certainement ! C’est impossible ! Alors il faut immédiatement contre-attaquer, comme en 1918 ! […] Alors c’est la destruction de l’armée française ? » Edouard Daladier, téléphonant à Maurice Gamelin qui l’informe qu’une colonne blindée croise entre Rethel et Laon sans qu’aucune réserve ne puisse la contenir, 15 mai 1940.

« La retraite prend l’allure d’un reflux général poursuivi par les blindés. » Général André Corap, 15 mai 1940.

Progression de Pz 38(t), après le franchissement de la Meuse.
Des Panzers 38(t) s’engouffrent dans la brèche de Sedan et foncent en direction de la Manche.

« Nous sommes vaincus. Nous avons perdu la bataille. » Paul Reynaud, 15 mai 1940.

« Ah ! Si le Maréchal était là ! Il pourrait agir sur Gamelin. Sa sagesse et son calme seraient d’un bien grand secours ! » Paul Reynaud, 15 mai 1940.

« Il n’y en a pas. » Maurice Gamelin, répondant à la demande de Winston Churchill de faire intervenir les réserves stratégiques, 16 mai 1940.

« La gravité de la situation militaire sur le front occidental s’accentue. Je vous demande de vous rendre à Paris sans aucun retard. […] Le secret de votre départ est désirable. » Paul Reynaud à Maxime Weygand, 16 mai 1940.

« Il ne faut pas vous décourager ! Avez-vous jamais douté que nous n’aurions la victoire qu’à travers les pires revers ? » Winston Churchill, à Reynaud et Daladier, 16 mai 1940.

« Nous n’avons pas le temps de vous faire prisonnier ! » Un officier du corps blindé Guderian à des soldats français en déroute, 16 mai 1940.

« Ne pas pousser en profondeur vers l’Ouest sans accord préalable de l’armée. » Günther von Kluge, 16 mai 1940.

« Mais c’est un pur non-sens. Les choses sont en route maintenant. Il nous faut atteindre la côte aussi vite que possible. Et on devrait arrêter ? » Henning von Tresckow, 17 mai 1940.

« J’ai pris seul toutes les décisions jusqu’à l’arrivée à l’Atlantique près d’Abbeville. La principale influence que le haut commandement a exercé sur mes opérations a été de les freiner. » Heinz Guderian, après la bataille de France.

« Journée parfaitement maussade. Le Führer est d’une nervosité extrême. Il a peur de notre propre succès, voudrait ne rien risquer et ce qu’il préférerait, c’est nous arrêter. Le prétexte, c’est qu’il se fait du souci pour le flanc gauche ! » Franz Halder, 17 mai 1940

« Votre avance m’a coûté une nuit d’insomnie. » Rappel à l’ordre de Hitler à Rommel, 17 mai 1940.

« Nous allons vers un nouveau Sedan et plus terrible encore que celui de 1870. » Gaston Billotte, 17 mai 1940

« Le moment présent laisse présager la plus grande catastrophe militaire de l’histoire. » Edmund Ironside, 17 mai 1940.

« Il convient dès à présent d’envisager l’armistice. » Maurice Gamelin, 17 mai 1940.

« Nous recevions des mauvaises nouvelles, des mauvaises nouvelles sans arrêt. Une atmosphère incroyable, une espèce d’usure morale, après cette accumulation en huit jours de nouvelles catastrophiques. » André Beaufre, 18 mai 1940.

« Je vous plains de tout cœur. » Philippe Pétain à Maurice Gamelin, 18 mai 1940.

« Le miracle de la Marne de 1914 ne se reproduira jamais ! » Adolf Hitler, 18 mai 1940.

« Il y a trois batailles que je n’oublierai jamais : Stonne, Stalingrad et Montecassino. » Paul Wagner, après la guerre.

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« Ils fuient, accélérant leurs autos, poussant leurs charrettes, mitraillés et bombardés par l’aviation allemande. Dans leurs maisons dispersées, ils jouissaient d’une sécurité relative. Ils préfèrent s’accumuler en longues colonnes, offertes au feu de l’ennemi. Cette fuite est un suicide. […] Ces fuyards rencontrent sur les routes du Sud des armées qui montent défendre leurs foyers. Ils les retardent, les confondent dans leur grande cohue, leur communiquent les réflexes de la panique. De ville en ville, cette boule de neige grossit. » L’Exode selon Alfred Fabre-Luce, dans son Journal de la France, Mai-Juin 1940.

« Un troupeau abruti et hagard, mélange complet de numéros, de troupes et de services, à peine 10 % des hommes ont conservé leur fusil […] Ces gens-là sont déroutés, ils ne comprennent pas ce qui leur est arrivé. La vue d’un avion leur inspire de la terreur. » Un officier de l’état-major de Gamelin, 19 mai 1940.

« Le tout est question d’heures. » Maurice Gamelin, 19 mai 1940, à propos du déclenchement de la contre-attaque alliée, qui n’aura lieu que trois jours plus tard.

« J’accepte la lourde charge que vous me demandez de prendre. Je ferai ce que je pourrai, mais je ne garantis pas de réussir. » Maxime Weygand, à Reynaud lorsqu’il remplace Gamelin au poste de généralissime, 19 mai 1940.

« Je vous adresse les remerciements du gouvernement pour les services que vous avez rendus au pays au cours d’une longue et brillante carrière. » Paul Reynaud à Maurice Gamelin, 19 mai 1940.

« Faites ce que voudrez, mon général, mais faites quelque chose. » Un commandant de corps d’armée au général Blanchard, fin mai 1940.

« Le général Altmayer, qui donnait l’impression d’être épuisé et abattu, était assis sur mon lit et pleurait sans bruit. » Commandant Vautrin, 20 mai 1940.

« Le Führer est ivre de joie. Le but qu’il a prescrit a été atteint en 10 jours. Sa stratégie triomphe. Il voit à portée de sa main la victoire et la paix. » Alfred Jodl, 20 mai 1940.

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Le « coup de faucille » est un succès complet. Les armées alliées au nord de la Somme sont encerclées en 10 jours. En bleu, le fameux « corridor des Panzers » qui amène à la réussite du plan allemand.

21 Mai – 4 Juin 1940 : Âpre résistance des armées alliées encerclées, déclenchement de l’opération Dynamo et préparatifs sur la « ligne Weygand »

Maurice Gamelin, généralissime des armées alliées, est limogé le 19 mai. Il est remplacé par le volontaire Maxime Weygand, qui, de retour de Syrie, découvre une situation catastrophique. Il n’a pû rompre l’encerclement de ses meilleures armées au nord-est, malgré le lancement de quelques contre-attaques à Montcornet ou Abbeville. Les armées belges sont à bout de souffle, les troupes du Corps expéditionnaire britannique se replient sur ordre de Londres vers les ports les plus proches et les Français, en résistant vaillamment à Lille notamment, couvrent le rembarquement de plus de 340 000 soldats vers l’Angleterre. Les relations franco-britannique deviennent orageuses tandis que le nouveau généralissime tente d’organiser une ultime résistance derrière la Somme et l’Aisne, la « ligne Weygand », lorsque les Allemands se retourneront vers le sud pour parachever la bataille de France.

« Jusqu’à l’apparition de Weygand, aucun plan, aucune mesure reflétant une réaction virile ne semblent avoir été mis à l’étude, ni même envisagés. » Edward Spears, 21 mai 1940.

« Est-ce que les Belges nous considèrent vraiment comme des salauds ? » John Gort, répondant aux rumeurs d’évacuation imminente du corps expéditionnaire britannique, 21 mai 1940.

« Je me tue pour vous faire savoir, Monsieur le Président, que tous mes hommes étaient des braves, mais on n’envoie pas des gens se battre avec des fusils contre des chars d’assaut ! » Carte postale retrouvée sur un officier de l’armée Corap, venant de se suicider, adressée à Paul Reynaud, 21 mai 1940.

« Pour ma division, c’est un triomphe. Tout va bien. Dinant, Philippeville, la percée de la ligne Maginot (sic), une avance à travers la France de 65 kilomètres en une nuit jusqu’au Cateau, puis Cambrai, Arras, toujours loin en avant de tout le monde. » Erwin Rommel, lettre à sa femme, 23 mai 1940.

« Alors Göring prévient Hitler qu’il ne devait pas laisser ce succès aux généraux de l’armée de terre. Sinon, ils allaient jouir d’une considération de la part du peuple allemand, qui menacerait forcément la position de Hitler. » Franz Halder, à propos de l’ordre d’arrêt devant la poche de Dunkerque, 23 mai 1940.

« Qu’est-ce que c’est que cet ordre insensé d’arrêter les formations cuirassées au sud de Dunkerque ? Voulons-nous faciliter la tâche aux Anglais dont tout le corps expéditionnaire est groupé autour de Dunkerque ? Voulons-nous lui donner l’opportunité d’évacuer ses troupes ? Mais c’est absurde ! » Adolf Heusinger, 24 mai 1940.

« Il apparaît essentiel […] d’attaquer maintenant Dunkerque, le dernier grand port, dont la chute compléterait l’encerclement. Pourtant, pour l’instant, cette attaque est suspendue. » Journal de marche du corps blindé Guderian, 24 mai 1940.

« Le général Weygand m’apprend […] que, contrairement aux ordres formels […] l’armée anglaise a décidé et exécuté un repli de 40 kilomètres dans la direction des ports […] Il est inutile d’insister sur la gravité des conséquences qui peuvent en découler. » Paul Reynaud à Winston Churchill, 24 mai 1940.

« Les nerfs des Français étaient sur-tendus. Ils se cramponnaient à des fétus de paille et n’étaient que trop enclins à nous faire endosser la responsabilité de la situation. » Edward Spears, 24 mai 1940.

« Ils ressemblent à une meute de chiens de chasse que l’on arrête en pleine course juste devant le gibier et qui voit sa proie lui échapper. » Colonel Schmundt, à propos de la réaction de certains généraux allemands face à l’ordre d’arrêt, 25 mai 1940.

« Dans les prochains jours, nous aurons perdu pratiquement tous nos soldats ayant suivi une instruction – à moins d’un miracle. » Edmund Ironside, 25 mai 1940.

« La France a commis l’immense erreur d’entrer en guerre en n’ayant ni le matériel qu’il fallait, ni la doctrine adéquate. Il est probable qu’elle devra payer cher cette coupable imprudence. Mais on ne doit penser qu’au relèvement du pays, et le courage avec lequel il se sera défendu sera un élément décisif du redressement futur. » Maxime Weygand, 25 mai 1940.

« Le commandement belge vous prie de faire connaître au généralissime que la situation de l’armée belge est grave. […] Les limites de la résistance belge sont bien près d’être atteintes. » Haut commandement belge à Pierre Champon, 26 mai 1940.

« Vous vous frayerez un passage vers l’ouest. Toutes les plages à l’est de Gravelines pourront être utilisées pour l’embarquement. La marine vous fournira des unités navales et la R.A.F. vous donnera tout son appui. De toute urgence, prévoir les plans. » Anthony Eden, instructions pour le corps expéditionnaire britannique, 26 mai 1940.

« Le temps presse. En septembre, il sera trop tard. La France est en train de s’écrouler. Les hostilités seront courtes. A peine quelques milliers de morts, et l’Italie pourra s’asseoir en puissance victorieuse à la table de la conférence de la paix. » Benito Mussolini, 26 mai 1940.

« Au fond, tout le monde se rend compte qu’il n’y a plus qu’à sauver l’honneur, mais l’on veut espérer contre toute espérance, ce qui est bien. » Marcel Héraud, 27 mai 1940.

« Sur la nouvelle ligne que vient d’établir notre grand chef Weygand […] sur la Somme et sur l’Aisne, nous tiendrons, et parce que nous aurons tenu, nous vaincrons ! » Paul Reynaud, 28 mai 1940.

« La question se pose de savoir si pour sauver l’honneur du pays il faut faire tuer toute la jeunesse française et se résigner à la destruction du pays. » André-Gaston Prételat au directeur du cabinet de Dautry, 29 mai 1940.

« Il n’y aura pas de capitulation. » Maxime Weygand, 31 mai 1940.

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En entrant dans Dunkerque, les Allemands découvrent un fabuleux butin de guerre, la majeure partie de l’équipement et du matériel de guerre des armées française et britannique.

« Il faudrait en finir avec la légende des aviateurs anglais venant se sacrifier à leurs camarades de combat dans une lutte inégale. A partir du moment où les embarquements anglais ont été terminés, on n’a plus vu aucun avion anglais dans le ciel de Dunkerque. » Bertrand Fagalde, 2 juin 1940.

« Dunkerque est tombé. Les deux marines auront fait un effort surhumain et accompli l’impossible. » François Darlan, 4 juin 1940.

« L’aspect de la route qu’ont empruntée les Anglais pour leur retraite est indescriptible. Des quantités incalculables de véhicules, de canons, de chars de combat et de matériel militaire encastrés les uns dans les autres sont empilés dans un espace réduit. […] Le matériel d’une armée est étalé ici, sans doute la totalité de l’équipement, que nous, pauvres diables, nous regardons avec étonnement et envie. » Fedor von Bock, 4 juin 1940.

« Les trois quarts, sinon les quatre cinquièmes de notre matériel le plus moderne ont été pris. Ce sont nos unités les mieux armées qui ont été engagées dans le Nord. C’était le fer de notre lance… Le meilleur de l’armée française est capturé. » Maxime Weygand, 4 juin 1940.

« On ne gagne pas une guerre par des évacuations. » Winston Churchill, 4 juin 1940.

4-22 Juin 1940 : Plan rouge, ultime résistance française et signature de l’armistice

Dunkerque tombe le 4 juin 1940. La résistance de cette poche a permis aux Français de se rétablir quelque peu plus au sud, leur permettant d’envisager peut-être un nouveau « miracle de la Marne ». Malgré une résistance tenace, la ligne Weygand s’effrite à partir du 7 juin devant la nouvelle supériorité numérique et matérielle des Allemands. Maxime Weygand informe Paul Reynaud que la situation militaire n’est plus tenable et que les politiques doivent prendre leur responsabilité et demander un armistice. La France vacille.

« Le Maréchal Pétain estime que les Anglais permettront aux Français de lutter sans secours, jusqu’à la dernière goutte de sang français, et que les Britanniques, avec une quantité de troupes sur leur sol, beaucoup d’avions et une flotte prédominante, signeront une paix de compromis avec Hitler. » William Bullitt, 4 juin 1940.

« La deuxième grande offensive se déclenche aujourd’hui. » Communiqué de l’Oberkommando der Wehrmacht, 4 juin 1940.

« La bataille de France est commencée. L’ordre est de défendre nos positions sans esprit de recul. Que la pensée de notre Patrie, blessée par l’envahisseur, vous inspire l’inébranlable résolution de tenir où vous êtes. Accrochez-vous au sol de France, ne regardez qu’en avant. Le sort de la Patrie, la sauvegarde de ses libertés, l’avenir de nos fils dépendent de votre ténacité. » Maxime Weygand, 4 juin 1940.

« Chez moi, tout le monde tient. On est encerclé, mais on tient. Un groupe du 304e d’artillerie vient de contre-attaquer et de faire 150 prisonniers. J’ai la conviction absolue que l’armée française est en train de se sauver. » Aubert Frère, 5 juin 1940.

« Vers 6h45, branle-bas de combat, chaque homme prend son poste, les chars débouchent de la lisière d’en face. […] Je fais tirer sur les chars par le fusil-mitrailleur avec des balles perforantes, puis ne pouvant faire mieux, nous nous planquons au fond de nos trous pour laisser passer les chars, bien décidés à stopper l’infanterie qui sans doute va suivre. Les chars arrosent nos trous avec des obus de petit calibre et tuent une dizaine de nos hommes. A 7h30, les fantassins allemands quittent leur base de départ et marchent à l’attaque de nos lignes. Nous faisons feu de toutes nos armes, en tuons et en blessons pas mal, mais, surtout, nous les stoppons. » Sergent Viallate, 5 juin 1940.

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L’arrivée de Maxime Weygand au poste de Généralissime redressera le moral de l’armée française, qui se battra héroïquement lors du mois de juin 1940.

« La lutte continua dans la cour de la ferme à l’abri de pans de murs. A 16h30, le rez-de-chaussée était envahi. Quelques légionnaires qui avaient gardé leur dernière cartouches se suicidèrent pour ne pas tomber vivants aux mains des Allemands. » Journal de marche du 22e régiment de volontaires étrangers, 6 juin 1940.

« Mon lieutenant, est-ce que vous êtes content de moi ? » Les derniers mots d’un canonnier du 237e régiment d’artillerie lourde, les deux jambes arrachées et sur le point de mourir, 6 juin 1940.

« Les points d’appui encerclés résistent avec acharnement… Mais, ni ravitaillés, ni dégagés, ils finissent par succomber… Peu à peu, les brèches faites par les blindés s’élargissent, débordent les défenses voisines […] Le front s’écroule. Il faut replier rapidement ce qui est encore libre. » Colonel de Bardies, 8 juin 1940.

« Nous allons bientôt atteindre la mer entre la Somme et la Seine. Je suis en excellente forme, quoique toujours sur la brèche. Nos succès sont extraordinaires et il me semble inévitable que l’autre côté s’écroule bientôt. Nous n’avions jamais imaginé que la guerre à l’Ouest se passerait ainsi. » Erwin Rommel, 10 juin 1940.

« Nos armées se battent héroïquement. Elles font éprouver à l’ennemi des pertes considérables. Mais le nombre réduit de nos divisions ne permet pas de relèves. La fatigue, le manque de sommeil, les pertes diminuent leur puissance de résistance. Au matin du sixième jour de la bataille, je dois constater que les attaques ennemies nous obligent à des reculs de plus en plus profonds […] Les événements des deux dernières journées de bataille me font un devoir d’avertir M. le Président du Conseil que la rupture définitive de nos lignes peut survenir d’un moment à l’autre. […] Si pareille éventualité se produisait, nos armées continueraient à combattre jusqu’à l’épuisement de leurs moyens et de leurs forces. Mais leur dissociation ne serait plus qu’une affaire de temps. » Maxime Weygand, 10 juin 1940.

« Aujourd’hui, 10 juin 1940, la main qui tenait le poignard l’a plongé dans le dos de son voisin » Franklin Delano Roosevelt, à propos de la déclaration de guerre italienne, 10 juin 1940.

« Les hommes abandonnent leur position la rage au cœur, ils avaient si bien résisté. » Journal de marche du 123e régiment d’infanterie, 11 juin 1940.

« Harassés, fatigués, nous veillons dans l’attente. […] Vers 13 heures, nos 75 viennent bombarder juste au-dessus de nos têtes les positions ennemies. Les tirailleurs se replient, la situation est critique et aux environs de 17 heures vient l’ordre de repli précipité pour assurer. Nous sommes les derniers dans notre coin et foutus. » Jean Chevalier, 2e classe, 12 juin 1940.

« Puisque la France doit cesser le combat, la sagesse commande à l’Angleterre de chercher la paix, elle aussi. Elle n’est certainement pas en mesure de poursuivre la lutte seule. Comment pensez-vous réussir, là où l’armée française a échoué? » Philippe Pétain, 12 juin 1940.

« Vous êtes trop rapide, bien trop rapide pour nous ! C’est tout ! » Un général français capturé, à Erwin Rommel, 12 juin 1940.

« Quand va-t-on se décider à mettre un terme à cette boucherie ? » Antoine Besson, 15 juin 1940.

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Mort pour la France.

« 17 heures. Situation encore aggravée. […] Grave situation de ravitaillement pour troupes et populations civiles repliées. […] Nécessité absolue prendre décision. » Alphonse Georges, 16 juin 1940.

« Si l’armistice est demandé, il ne le sera pas par moi. » Paul Reynaud, 16 juin 1940.

« C’est le cœur serré que je vous dis qu’il faut cesser le combat. » Philippe Pétain, 17 juin 1940.

« A partir de 16h, de nombreuses batteries françaises ont riposté avec des pièces de 75 et de 105, sans aucune considération pour le flot de réfugiés. Des scènes hallucinantes de panique ont eu lieu parmi les civils, lesquels n’ont pas caché leur colère à l’égard de leurs propres soldats. » Joachim-Friedrich Lang, 17 juin 1940.

« Il n’y a ni armistice ni suspension d’armes. La bataille continue. Un suprême effort est demandé à tous, aux chefs et à la troupe, pour sauver l’honneur de nos armes et éviter une capitulation honteuse. » Antoine Besson, 17 juin 1940.

« Nous devons à l’honneur de la cavalerie de défendre les postes de Saumur, même si cela ne doit servir à rien. […] Vous êtes, Messieurs, une génération de sacrifiés. Demain, vous serez tous morts ! » Charles Michon, 17 juin 1940.

« La France a capitulé. Nous pleurons tous. Tu ne peux pas savoir le désespoir où nous sommes tous plongés ici. Peut-être serai-je mort demain. Je le désire plutôt que d’accepter cela. Tu diras à mes parents que leur fils n’a pu supporter la honte de la défaite. » André-Jean Campan, « cadet de Saumur », 17 juin 1940, mort pour la France le 20 juin 1940.

« Il sera difficile de pousser à l’action des troupes qui attendent l’armistice d’heure en heure. » Charles-Marie Condé, 17 juin 1940.

« Vous allez nous faire fusiller ! » Louis Deschizeaux, maire de Châteauroux, tentant de faire désarmer les soldats français qui défendent la ville, 19 juin 1940.

« Quant à sauver honneur troupes qui, après annonce fin de la lutte, encerclées, non ravitaillées, combattant depuis six jours en rase campagne, c’est fait ! » Télégramme de Charles-Marie Condé à Alphonse Georges, 19 juin 1940.

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L’ordre de retraite générale du 12 juin puis l’émouvant mais maladroit discours du 17 juin du Maréchal Pétain parachèvent la décomposition de l’armée française.

« L’armistice étant proche, tâcher de se camoufler dans les bois le plus longtemps possible, mais si l’on est découvert, se rendre sans combat pour ne pas laisser sacrifier une élite dont la France aura le plus grand besoin. » Charles Michon, commandant l’école de cavalerie de Saumur, 21 juin 1940.

« Mon général, vous êtes un soldat et vous savez quelle dure épreuve est, pour un soldat, ce que je viens de faire. Il faut que dans l’avenir nous puissions, nous militaires français, n’avoir pas à nous repentir d’avoir fait le geste que je vais accomplir. » Charles Huntziger au général Keitel, juste avant de signer la convention d’armistice, 22 juin 1940.

« Mon général… c’est fait… Oui mon général, c’est fait… Oui, enfin… vous me comprenez vous… » Charles Huntziger téléphonant à Maxime Weygand, après avoir signé la convention d’armistice, 22 juin 1940.

« Nous aurions pu cent fois nous évader chez des civils, changer de vêtements. L’idée ne nous vint pas : prisonniers dociles, nous réclamions à tous les vents de notre dépôt. Et puis n’allait-on pas nous libérer immédiatement ? C’était l’opinion unanime. » Robert Brasillach, fin juin 1940.

« Tout le long de la campagne, les Allemands conservèrent la fâcheuse habitude d’apparaître là où ils n’auraient pas dû être. Ils ne jouaient pas le jeu. […] Cette guerre a donc été faite de perpétuelles surprises. » Marc Bloch, après la bataille de France.

« Que vouliez-vous faire, avec des soldats qui ne voulaient pas se battre ? » Maurice Gamelin, après la bataille de France.

« Les troupes françaises se sont battues comme des lions ! » Walter von Reichenau, Juin 1940.

« Maintenant, nous avons montré ce dont nous sommes capable. Croyez-moi, Keitel, en comparaison, une campagne contre la Russie ne serait que de la stratégie de chambre. » Adolf Hitler, après la campagne victorieuse à l’Ouest.

Toutes ces citations, parfois formulées avec un aplomb considérable, font forcément sourire aujourd’hui. Il n’empêche qu’elles représentent – je crois – assez bien l’état d’esprit des différents acteurs de l’époque. Hitler ne s’attendait nullement au déclenchement de la guerre, et les Allemands se savaient pris au dépourvu et mal préparés face à ce qui devenait la Seconde Guerre mondiale. De leurs côtés, Français et Britanniques, même s’ils ne voulaient pas de la guerre, partaient des expériences de la Grande Guerre pour conclure rationnellement et logiquement que le rapport de force penchait en leur faveur. Adossés à deux immenses empires, bénéficiant de puissantes ressources, de flottes et d’armées considérables, ils suffiraient simplement pour eux de gagner du temps afin de mobiliser leurs forces, qui les conduiraient à une victoire prochaine sur l’Allemagne. Dès lors, envisager une défaite à partir de ces analyses paraissait pour le moins audacieux. C’était sans compter sur l’intrépidité de quelques généraux allemands, qui allaient jouer le tout pour le tout avec un plan extrêmement risqué, et son exécution qui tenait parfois presque de l’insubordination.

La confiance française initiale s’effondrait en quelques jours à partir du 10 mai 1940 devant la vitesse de l’avancée allemande. Elle laissait place à une formidable stupeur – comment la meilleure armée du monde pouvait-elle être vaincue en quelques jours ? – puis se métamorphosait en un accablement, comme en témoigne l’incapacité du Haut commandement français à réagir devant cette nouvelle forme de guerre que les généraux français n’avaient pas prévue.

De même, toujours dans une tentative de remise en perspective, apprendre que les Allemands, en moins de quatre jours et sans hécatombe, parvenaient à percer le front français – un front qu’ils n’avaient jamais réussi à crever complétement en 1914-1918 – avait de quoi mettre à bas les dogmes les plus inébranlables.

Le sursaut français, qui intervenait à partir de fin mai 1940 – la panique de Bulson laissant place à l’héroïsme et au sacrifice des jours de Juin 1940 – et se transformait en un véritable baroud d’honneur, fut vite oublié à cause de l’incapacité du gouvernement français à choisir fermement entre la poursuite ou la cessation des hostilités. Le résultat fut une situation de pourrissement, amenant à la désagrégation complète de l’armée française à partir du 12 juin 1940, laissant ainsi dans la mémoire des Français l’image d’une armée en débâcle permanente.

Aujourd’hui encore, il est toujours « amusant » de constater le procès régulier fait à la France de 1940 d’avoir choisi la « honte » et le « déshonneur » de l’armistice. Si nous reviendrons sûrement plus tard sur cette question polémique de la nécessité ou non d’un armistice en juin 1940, il convient là encore de se replonger dans le contexte de l’époque et de constater que, pour la grande partie des acteurs de cette époque, la fin de la bataille de France signifiait presque automatiquement le retour prochain de la paix en Europe.

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