Dunkerque

Alors que le film de Christopher Nolan, sorti en salle depuis le mois de juillet, est encore à l’affiche dans certains cinémas français, pourquoi ne pas me laisser aller, à mon tour, à l’élaboration d’une courte critique à l’égard de la toute dernière réalisation du producteur américano-britannique.

Le film Dunkerque, énorme projet cinématographique de 200 millions de dollars, tente de retracer la situation des soldats britanniques lors de l’opération Dynamo. Rapide retour sur le contexte : Après l’offensive allemande du 10 mai 1940, les armées alliées, qui avaient pénétré en Belgique, sont forcées au bout de 3 jours à une retraite calamiteuse et se retrouvent encerclées, suite à la percée de Sedan et au fameux « coup de faucille« , dans ce qui deviendra la poche de Dunkerque.

Résumé des opérations militaires à l’Ouest lors de la « 1ère phase » de la bataille de France.

Le fer de lance de l’armée française et le Corps expéditionnaire britannique, à peu près 400 000 hommes, sont ainsi encerclés dans une poche qui se réduit de jour en jour devant l’avancée allemande. Après avoir songé dans un premier temps à établir à Dunkerque une sorte de camp retranché ravitaillé par mer, les Alliés décident d’évacuer par la mer le plus grand nombre de soldats possible. Alors que les Britanniques espéraient rapatrier un peu moins de 40 000 hommes, ce sera finalement presque 340 000 soldats qui parviendront, entre le 26 mai et le 4 juin, à rejoindre la Grande-Bretagne dans ce qui deviendra plus tard le « Miracle de Dunkerque ».

Revenons-en maintenant au film de Nolan. Dunkerque, selon l’aveu même de son réalisateur, se veut être un film de survie et non un véritable film de guerre. L’opération Dynamo et donc l’évacuation des soldats britanniques est ici racontée à partir de trois points de vue différents, le fantassin du B.E.F, le navigateur civil anglais et le pilote de Spitfire, à travers différentes lignes temporelles qui finissent par s’entrecroiser intelligemment vers la fin du film.

Christopher Nolan avait confié qu’il voulait faire partager l’angoisse de ces militaires qui avaient pris part à l’opération Dynamo. Le film est effectivement une véritable réussite à ce niveau, tant il parvient à immerger le spectateur dans l’action et surtout dans la souffrance de ces hommes. Dès le début, l’on est surpris par le claquement et le sifflement des balles allemandes, avec un volume poussé au maximum pour être le plus inconfortable possible à l’oreille du spectateur. La mort rôde autour de nous, et une fois arrivé sur le plage, ce sont les hurlements des Stukas, le fracas des bombes et la poussée des vagues qui continue de nous faire plonger dans ce que je considère comme une expérience immersive réussie. On retient son souffle plus d’une fois, lors de la scène du bombardement du destroyer britannique par un Heinkel He 111, lors du torpillage d’un autre navire, lorsque des soldats se retrouvent pris au piège dans une mer de mazout ou lorsque l’on est propulsé avec le pilote de la R.A.F dans les scènes de caméra embarquée au sein du Spitfire. Ajoutons à cela un montage narratif alterné audacieux, des plans et un jeu de couleur apocalyptique, la musique d’Hans Zimmer et ce tic-tac mécanique permanent, un mutisme étonnant mais efficace des personnages, et l’on obtient un film à l’esthétisme plus que convaincant et qui n’est pas une simple resucée d’Il faut sauver le soldat Ryan ou de La ligne rouge.

L’esthétisme de Nolan prend souvent le dessus sur la réalité historique. Efficace sur le plan visuel mais fâcheux pour les amoureux d’histoire !

C’est d’ailleurs en ce sens qu’il faut appréhender le film de Nolan, et non comme un pur film de guerre. En prenant le contexte de la poche de Dunkerque, le réalisateur américano-britannique fait le choix volontaire de s’attarder sur les épreuves vécues par quelques hommes au sein de ce conflit, et ne veut en aucun cas offrir une perspective plus large, ni montrer une histoire « d’en haut » qui aurait pu se concentrer sur les opérations militaires ou sur les débats stratégiques entre Anglais, Français et même Allemands. Ce film est d’abord celui de son réalisateur, et Nolan a précisément choisi son sujet et son cadre. Adieu donc le film historique que certains semblaient attendre, car son intention n’était nullement d’essayer de couvrir tous les aspects de l’opération Dynamo. La critique d’une partie de la presse française et de blogs s’est d’ailleurs montrée particulièrement virulente à son égard, souvent à partir de critiques gratuites ou superflues. Certains ont pointé du doigt des aberrations historiques (présence de velux sur certaines maisons, ville de Dunkerque quasi-intact, les Hurricanes anglais pourtant majoritaires remplacés exclusivement par des Sptifires, erreurs historiques quant aux Destroyers utilisés et j’en passe), d’autres ont pesté sur l’absence trop importante des Français, sur l’incohérence de certaines scènes, etc…

Pour ma part, tous ces points qui sont pour la plupart fondés ne me gênent pas plus que cela. Premièrement, et au contraire de certains, j’ai été agréablement surpris par les rares scènes où l’on voit des soldats français. La scène de la barricade au début du film où un soldats français à l’air déterminé balance son fameux «Allez l’Anglais, bon voyage!» m’a ainsi arraché un joli sourire et parvient à faire comprendre à travers cette scène succincte que les rosbeefs filent à l’anglaise pendant que les Français se sacrifient pour permettre le rembarquement. De même, une autre scène montre des échauffourées entre Anglais et Français qui tentent d’embarquer, et si celle-ci ne dure également que quelques dizaines de secondes, elle montre bien la fissure et le ressentiment qui naît à Dunkerque entre les deux peuples encore alliés à cette heure-là, les Anglais qui vont continuer la lutte même seul et qui ne se cachent plus de fuir le continent et de délaisser leurs alliés, et les Français qui y voient là presque logiquement un lâche abandon.

Nolan et la barricade française. La scène m’apparait très efficace, montrant en quelques instants  l’héroïsme et le sacrifice des Français sans casser pour autant le rythme du film.

La critique quant à l’absence « insultante » des Français n’est donc pour moi pas recevable. Nolan voulait insister dans son film sur ce fameux « Esprit de Dunkerque » cher aux Anglais, et tout en imprimant un rythme certain à l’écran, il parvient selon moi à tout de même rendre hommage aux Français. Si certains aimeraient donc voir un film mettant en avant la guerre du côté français, il faudrait plutôt demander à nos « talentueux » réalisateurs nationaux, disons par exemple M. Luc Besson ou encore M. Dany Boon puisqu’il est du coin, de produire en lieu et place de leurs récents navets des films couvrant cet événement historique par exemple. Curieuse époque où l’on compte sur un réalisateur anglo-saxon pour montrer au monde entier que les Français n’étaient pas en 1940 que des « cheese-eating surrender monkeys » !

Concernant les aberrations historiques, certes elles existent mais ne m’ont jamais fait sortir du film et il est facile de parier que le grand public n’y a de toute façon vu que du feu. Nous ne sommes pas non plus au niveau d’un Patton (1970) par exemple, où tous les chars et véhicules étaient anachroniques !

Pour conclure, j’ai bien aimé Dunkerque de Christopher Nolan pour toutes les raisons ci-dessus. J’émettrai certes des réserves sur la fin du film, qui fleure trop l’emballement hollywoodien lors de la dernière scène du Spitfire ou le trop-plein patriotique lorsque surgissent les Little Ship ou lors du retour au pays, même si là encore, Nolan veut insister sur la naissance de l’esprit de Dunkerque qui apparait après cette « défaite victorieuse ». Un dernier point sur ce qui demeure ma principale déception quant à ce film : la restitution de l’ampleur de la bataille. On s’étonne de ne voir durant tout le film que 3 pauvres Spitfire, 1 Heinkel He 111, 2 Bf 109, 3 Stukas et bien trop peu de bateaux visibles. Idem pour le nombre de figurants vraiment trop insuffisants et l’apparition sur le dernier plan du Spitfire en rade d’essence d’une plage immaculée ! Mon petit cœur d’amateur de cette période bouillonne d’autant plus devant le budget énorme du film, là où même un film français de 1964, Week-end à Zuydcoote, montrait le bordel monstre amassé partout sur les plages.

Week-end à Zuydcoote, avec Bebel et Marielle.

Regardez donc Dunkerque non pas comme un film historique mais comme un film à suspense, et vous en savourerez l’essentiel.

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